Minority Report (serie) : la ville intelligente, le retour !

En cette rentrée 2015, la nouvelle série Minority Report nous replonge dans ce terrain de jeu du futur ! Souvenez-vous, le film de 2002, réalisé par Stephen Spielberg, offrait une image de Washington DC en 2054 illustrant tant tous les aspects de la ville intelligente…Pour le pire ou le meilleur ?

Le futur du futur

Située 20 ans après les événements du film, la série reprend les bases du roman de Philip K. Dick et leur donnent un avenir… Nos personnages vivent toujours dans cet environnement de surveillance saturée où les annonces personnalisées apparaissent sur les lentilles de contact, la réalité augmentée immersive est partout, et les ordinateurs sont contrôlés par gestes de la main, le tout sans être ridicule : chapeau !

Les precogs se sont donc échappés, la division pré-crime a été arrêtée, et son ancien chef est maintenant un politicien. Au lieu du flic de Pré-crime Tom Cruise, nous avons la détective Lara Vega, qui hait « réparer les dégâts » laissés par les crimes et aspire à arrêter l’homicide avant que cela n’arrive, tout comme ils l’ont fait dans les vieux jours. Un des precogs, un jeune homme terrifié nommé Dash, est d’accord avec elle. Et voilà comment le nouveau couple de détectives le moins crédible de la SF débarque pour sauver le futur…

C’est avant tout la possibilité de découvrir l’incorporation de la technologie dans une infrastructure numérique permettant de relever les défis du 21e siècle qui donne à cet univers du sens. Autrement dit, le scénario ne promet pas des merveilles au vu du pilote, des audiences et des critiques… Totalement too mutch le robot-selfie au passage !

Demain n’est plus si loin.

A l’image de Minority Report, le film de 2002 et de Tom Cruise se promenant dans un centre commercial directement contacté par le biais des empreintes rétiniennes, Dash découvre cette ville composée de surface « intelligentes », capables d’afficher des informations ou des annonces.

Minority Report - CanabisSa montée dans le train paniqué, et analysée comme tel par une publicité, génère une annonce lui proposant de se détendre via une concotion à base de cannabis. Cette situation peut être comparée à ce que tout utilisateur du net côtoie régulièrement : les publicités personnalisées s’adaptant à l’expérience du consommateur et de son caractère du moment. Ce n’est au final, qu’une question d’échelle …et de gouttes dans les yeux peut-être ?

Quoi qu’il en soit, la proximité de notre monde avec les récits des plus grandes œuvres de sciences fiction s’accentue et nous laisse entrevoir dès aujourd’hui les rêves les plus fous mais également des dérives…

Big brother follow you !

La reine des données collectées, c’est la géolocalisation.
A l’origine conçue pour les besoins de l’armée américaine et ouverte au grand public en 1993, la géolocalisation s’est largement développée à la fin du 20e siècle grâce à l’intérêt pour l’aide à la navigation routière. C’est le déploiement des smartphones depuis 2008 qui a évidemment achevé de stimuler le domaine.
La CNIL a réalisé des études sur Google Android, fin 2014, voici ce qu’elle en dit : «L’application Play Store a accédé en trois mois et pour un seul utilisateur 1 300 000 fois à la localisation cellulaire.» Or, Play Store est la boutique d’applications de Google, outil indispensable et porte d’entrée pour enrichir les fonctionnalités de son smartphone. «Toutes les cinq minutes, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, on est localisé, les données sont stockées et traitées par Google, affirme le chercheur. Et quand on commence à bouger, ce n’est pas toutes les cinq minutes, c’est toutes les minutes.» L’INRIA et la CNIL pointent l’opacité de la collecte. «Elle pourrait être acceptable si l’utilisateur était a minima informé de ce qui se passe, de la finalité, s’il y avait des garanties sur le stockage des données, sur les conditions de sécurité», notent les deux organismes.

Et nous n’évoquerons pas les applications de géocalisation pour pister vos enfants et « mieux les surveiller » ou les « mouchards permettant de diminuer le nombre de kilomètres parcourus chaque année et de soit disant améliorer la sécurité de certains salariés.

Parallèlement, les technologies autorisant les distributeurs à suivre leur client au mètre près dans leurs magasins, à tracer leurs achats antérieurs voire à les recouper avec leurs centres d’intérêt existent déjà.
Déambulant dans votre hypermarché, vous vous arrêtez au rayon surgelés, puis, comme chaque semaine, vous vous dirigez vers le rayon conserve (oui, vous êtes un grand cuisinier…), quand soudain vous recevez la promo : -15% sur la purée de courgettes et votre prochaine commande de couches livrée gratuitement…

Can you see ?

Parmi les grandes tendances en matière d’innovation dans la distribution mondiale figure la diffusion à grande échelle des technologies de géolocalisation comme les puces RFID (Radio Frequency IDentification). Initialement utilisées dans la distribution pour suivre les stocks, ces puces sont désormais placées à un endroit stratégique et servent à repérer le client, à suivre son chemin, voire à lui envoyer des publicités. Pour l’aspect technique, ces puces dotées d’antennes bluetooth s’activent au passage d’un émetteur comme un smartphone par exemple. Elles envoient alors un signal à un lecteur lui-même relié à une base de données. C’est ce qui permet de « reconnaître » un client en identifiant l’adresse de son mobile avec son profil déjà inscrit dans la base de données. Apple commercialise un tel système sous le terme iBeacon (du mot anglais « balise ») qui fonctionne avec son système d’exploitation iOS mais également avec celui de Google, Android.

On ne parle plus de géocalisation mais de geofencing ; même Minority Report paraît peu inventif face à l’ami « marketing »… Dans l’hypermarché Carrefour situé dans le centre commercial Qwartz de Villeneuve-la-Garenne plus d’une centaine de bornes ont été installées dans le magasin. Pour repérer un client, il faut qu’il ait au préalable téléchargé l’application du magasin, donc accepté d’être localisé à l’intérieur. Précision de taille : « Pour le iBeacon, l’utilisateur ne doit pas forcément avoir l’application ouverte mais il doit avoir le Bluetooth activé« . Autrement dit, il suffit d’avoir téléchargé une fois l’application et accepté l’option localisation pour être repérable, même si au moment du passage devant la balise, l’application est éteinte. Avec cette technologie, le seul moyen, de passer inaperçu, c’est d’éteindre le bluetooth…

« Un grand pouvoir nécessite de grandes responsabilités »

Dès aujourd’hui, nous acceptons sans savoir (ou sans vouloir savoir) d’être pistés via nos smartphones ou lorsque nous acceptons les cookies, ces petits fichiers que les sites, plus ou moins marchants, déposent dans nos ordinateurs pour nous identifier. Cette cité représentée dans Minority Report met en scène un futur où l’omniprésence de la surveillance et du contrôle prend le pas sur liberté de choisir. C’est cette réflexion sur l’individu au sein de la ville de demain qu’il est nécessaire d’appréhender dès aujourd’hui.

Il est pourtant bon de rappeler que l’applicatition iBeacon citée précédmment permet également de guider les malvoyants au sein de l’aéroport de San Francisco, que la géocalisaiton sauve tous les ans plus derandonneurs ou amateurs de hors-piste ! Elle vous permet également de commander plus simplement un taxi ou de tout simplement de rencontrer l’amour (qui a dit des plans c** ?) avec le désormais célèbre Tinder.
Les musées et le tourisme offrent de plus en plus d’expériences immersives personnalisées. Prenons l’exemple de ce Smart City Tour dans Paris réalisé récemment par l’entreprise Nomosphère. L’intégration de ces balises RFID au sein de la capitale française a parfaitement illustré les valeurs pédagogiques et touristiques de ces puces : une notification se déclenchant sur notre tablette lorsque nous sommes à proximité de l’Opéra annonce la pièce de théâtre du soir, un nouveau push nous présente l’histoire de ce monument historique…

 Smart City Tour - NOMOSPHERE

Ce panel d’initiatives, loin d’être exhaustif, donne un aperçu de la créativité que peut générer le déploiement de nouvelles technologies tel que la géocalisation. C’est à la loi désormais de cadrer les nouvelles possilibilités gérénées qui en découlent. Rappelons que la France a adopté, fin 2013 et début 2014, deux dispositions permettant de reconnaître les pratiques de géolocalisation à des fins de surveillance
Pour Alain Musset, géographe et professeur à l’EHESS, spécialiste de la science-fiction, nous avons souhaité exploré les dérives de la société urbaine contemporaine en nous intéressant à la science-fiction. Les images urbaines issus de la science-fiction agissent tantôt comme repoussoir, tantôt comme modèle, et sont liées à notre façon de concevoir, d’habiter et de bâtir nos villes. L’avenir nous dira si, en 1956, Philip K. Dick avait des dons de voyance lorsqu’il a écrit cette nouvelle qu’il nomma Minority Report. Le géant japonais de la technologie Hitachi ayant annoncé le lancement d’un programme de prédiction des crimes, basé sur l’analyse de données, on peut dire que le futur est déjà en marche…

Connectez-vous : partagez-nous !

Articles récents

Commentaires récents

    Archives

    Catégories

    Méta

    Soyez le premier à commenter

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    *